Quand un simple tour à vélo devient un nouvel engagement avec la vie

En 2014, j'ai sorti mon vélo sur un coup de folie, sans réfléchir. Plus de dix ans sans sport. Mon corps a été laminé mais mon esprit s'est réveillé

Moi sur mon vélo
Moi sur mon vélo

Un pivot essentiel, c’est quand j’ai repris le sport en 2014. J’avais plus de dix ans de sédentarité forcée derrière moi. Dans ma tête, une seule certitude : « Tu es malade, tu ne pourras jamais refaire du sport ».

On était en mars. Le printemps, le soleil, les petites fleurs, tout ça. J’ai pris mon vélo qui n’avait pas servi depuis tellement d’années. Je le trimballais de déménagement en déménagement sans trop savoir pourquoi je le gardais.

C’était instinctif, non réfléchi, pulsionnel. Un véritable élan de vie. J’ai posé mon cerveau, mes peurs, mes limitations. J’ai gonflé les pneus et je suis parti rouler une heure et demi.

Quand je suis revenu, je ne pouvais plus me redresser, j’étais plié en deux par mes douleurs au dos. Je ne pouvais plus marcher car mes jambes étaient tétanisées. Je me revois en train d’essayer de gravir les quelques marches pour accéder à l’appartement, soufflant et souffrant à chaque pas.

Pendant une semaine, j’étais mort. Je m’endormais dans mon bureau, sur mon ordinateur. J’étais éclaté, complètement épuisé. J’avais mal partout.

Mais quelque chose a bougé en moi. D’un coup, j’ai compris que je pouvais faire des choses avec mon corps. Les conséquences étaient complexes à gérer (une semaine à dormir sur mon ordi, c’est pas le top question productivité…) mais je pouvais agir.

J’ai compris que, parfois, l’existence exige un acte irrationnel. Une espèce de saut existentiel dans lequel l’action efface la réflexion. Ce coup de folie, irréfléchi vu mon état, m’a permis d’arrêter de considérer mon corps comme un objet cassé mais de retrouver son usage premier : le corps est un moyen pour habiter le monde.

Ce n’était pas un simple tour en vélo mais un nouvel engagement avec la vie.