Accepter, ce n’est pas se résigner

Un changement fondamental a été que je passe de la résignation à l'acceptation. Je pensais être lucide. Mais j'acceptais le désespoir, pas ma maladie...

Vue de mes pieds dans mes chaussures blanches en attendant le tramway à Montpellier
Vue de mes pieds dans mes chaussures blanches en attendant le tramway à Montpellier

Pendant des années, j’ai vu l’avenir comme quelque chose d’improbable. Concrètement, tout me paraissait impossible. J’avais une maladie invalidante, donc je ne pouvais plus rien faire, plus rien prévoir, plus rien imaginer.

Je me souviens très bien de ces moments où je (re)commençais à rêver de quelque chose, et où je coupais court aussitôt : « Tu es malade. Tu ne pourras jamais le faire. Accepte-le. »

Je pensais être lucide. En réalité, je me trompais complètement. À la place d’accepter ma maladie, j’acceptais le désespoir. Erreur fondamentale. Et chemin tout tracé vers une dépression sévère.

Le déclic

Le changement ne s’est pas fait en lisant un livre ou en entendant une phrase inspirante. Il est venu d’un geste très simple : un tour à vélo (je l’ai raconté ici). Sur le moment, je n’aurais pas su l’expliquer clairement. J’ai mis du temps à mettre des mots dessus. Mais avec le recul, je vois très bien ce qui s’est joué : ce jour-là, je n’ai pas nié la maladie, je ne l’ai pas combattue non plus. J’ai juste fait avec.

Et aujourd’hui, je peux résumer ça simplement.

Accepter, ce que c’est vraiment

Accepter, c’est se dire : « c’est comme ça ».

C’est prendre en compte le fait qu’on a une maladie, et que parfois les choses ne se passeront pas comme prévu.
C’est accepter l’incertitude d’une poussée qui peut arriver sans prévenir.
C’est changer ses plans sans en faire un drame.

Accepter, ce n’est pas abandonner.
C’est reconnaître la réalité, ici et maintenant, sans la fuir, sans la maquiller, sans se mentir.

Se résigner, c’est autre chose

Se résigner, c’est ne plus rien faire parce qu’on est malade. C’est laisser la maladie décider à notre place. C’est prendre la maladie comme excuse pour ne plus rien tenter. C’est se dire que puisque c’est difficile, alors plus rien ne vaut la peine d’être essayé. C’est renoncer avant même d’avoir tenté.

Et là, la maladie gagne deux fois : sur le corps et sur l’esprit. La résignation, c’est une défaite intérieure. Une défaite silencieuse, qu’on s’inflige souvent sans même s’en rendre compte.

Vivre avec des plans qui changent

Je ne compte plus le nombre de fois où mes plans ont dû être modifiés. C’est aussi pour ça qu’il est essentiel de s’entourer de personnes compréhensives, et d’être capable, parfois, de faire des choses seul.

Avec ma pratique sportive, je suis en première ligne des poussées. Et en continuant l’escalade en falaise, je n’ai pas choisi le sport le plus simple à pratiquer en autonomie. (À moins de grimper en solo, mais là, c’est encore une autre forme d’acceptation : « Tiens, mon pied glisse, je vais mourir et c’est OK… »).

Accepter, c’est dire : « Ce week-end, j’ai trop mal. Je ne peux pas grimper. Je vais lire ou écrire à la place. »

Se résigner, c’est dire : « Je ne grimperai plus jamais. »

La nuance est énorme.

Accepter, ce n’est pas aimer la douleur

Personne n’aime avoir mal. Personne n’aime voir ses projets ralentis, ses plans bouleversés, ses envies freinées.

Accepter, ce n’est pas prendre du plaisir à souffrir. Ce n’est pas trouver la douleur normale ou souhaitable.

C’est simplement cesser de lutter contre ce qu’on ne peut pas changer, pour garder son énergie pour ce qui compte vraiment : vivre, malgré tout.

C’est comprendre qu’on ne contrôle pas tout, et qu’à partir de là, on peut encore choisir comment réagir.

Accepter, c’est s’adapter

Accepter, c’est s’ajuster. Se réinventer, parfois à contre-cœur. Faire de la place à autre chose, sans renier qui l’on est. Parce que la vie ne se résume pas à ce qu’on ne peut plus faire, mais aussi à ce qu’on continue à faire autrement.

Accepter, c’est choisir la vie

Accepter, c’est continuer à croire qu’il reste du possible, même dans les jours gris. C’est refuser la fatalité. C’est apprendre à écouter son corps, à l’accompagner plutôt qu’à le subir.

C’est avancer à son rythme, avec ses hauts et ses bas, mais rester en mouvement.
C’est regarder la réalité en face et continuer à vivre avec dignité, à sa manière.

Accepter, c’est s’adapter.
Se résigner, c’est s’effondrer.

Accepter, c’est dire : « Aujourd’hui, je fais avec. »

Et ça, c’est déjà beaucoup.

Mes pieds attendant le tramway
Mes pieds attendant le tramway